Comptabilité infirmier libéral frais réels ou barème kilométrique
Publié le 02 novembre 2026
· 8 min de lecture
· par Laurent Trigano
Avec 20 000 km ou plus par an, le barème kilométrique est le plus souvent gagnant pour un infirmier libéral à la déclaration contrôlée, surtout avec un véhicule modeste, déjà amorti ou électrique. Les frais réels reprennent l'avantage quand on roule peu avec une voiture chère et récente.
Seul un calcul sur votre cas tranche, et il se refait chaque année : l'écart peut atteindre plusieurs milliers d'euros de bénéfice imposable.
En bref
Au micro-BNC, la question ne se pose pas : l'abattement de 34 % couvre déjà la voiture.
Les IK facturées à la CPAM sont des recettes. Le barème fiscal ou les frais réels sont des charges.
Dans nos simulations, le barème l'emporte dès 12 000 à 15 000 km environ selon le véhicule, et très largement à 35 000 km.
L'option vaut pour l'année entière et pour tous vos véhicules professionnels.
Un contrat de LLD ou de LOA mérite une simulation avant la signature, pas après.
Frais réels ou barème kilométrique : la réponse courte pour un infirmier libéral
La règle tient en deux lignes. Beaucoup de kilomètres et une voiture peu coûteuse : barème. Peu de kilomètres, voiture chère achetée ou louée récemment, forte consommation : les frais réels peuvent passer devant.
Ce choix n'existe qu'à la déclaration contrôlée (liasse 2035). Au micro-BNC, l'abattement forfaitaire de 34 % couvre tous les frais, véhicule compris. Si vous hésitez à quitter le micro, chiffrez la voiture avant de décider.
Ne pas confondre : IK facturées à la CPAM et barème kilométrique fiscal
Deux notions, deux lignes de la 2035. Les IK (0,35 €/km en plaine, 0,50 €/km en montagne) et l'IFD (2,75 €) que vous facturez à l'Assurance maladie, après abattement des 2 premiers km de chaque trajet, sont des recettes imposables. Le barème fiscal est une charge. Un abattement CPAM s'applique au-delà de 299 km par jour (50 % de 300 à 399 km, 100 ensuite) : il réduit vos recettes, pas vos charges.
Facturer des IK ne vous empêche donc pas de déduire votre véhicule. Beaucoup d'IDEL croient l'inverse.
Ce que couvre le barème kilométrique, et ce qu'il ne couvre pas
D'après l'administration, le barème inclut la dépréciation du véhicule, la réparation et l'entretien, les pneumatiques, le carburant et l'assurance. Impossible de déduire ces postes une seconde fois.
Restent déductibles à part, selon la doctrine fiscale : les péages, le stationnement et, au prorata professionnel, les intérêts de l'emprunt d'achat. Faites vérifier ces points avec votre comptable dans le BOFiP (BOI-BNC-BASE-40-60-40-20).
Quelques repères pratiques :
Le barème s'arrête à 7 CV. Il est majoré de 20 % pour un véhicule 100 % électrique, et un barème distinct existe pour les deux-roues, utile en ville.
Seuls comptent les kilomètres professionnels, donc vos tournées. Pour les trajets domicile-cabinet, la règle dépend de votre situation : faites-la valider.
Un carnet de bord ou l'export de votre logiciel de tournées sert de justificatif. Sans lui, le redressement est un risque réel.
Ce que vous déduisez aux frais réels
Vous déduisez le carburant TTC : vos soins sont exonérés de TVA, qui n'est donc pas récupérable. S'y ajoutent l'assurance, l'entretien, les pneus et l'amortissement du véhicule, ou les loyers en LOA et LLD. Le total est multiplié par votre prorata d'usage professionnel.
Les plafonds changent la donne. Selon le taux de CO2, l'amortissement ou les loyers ne sont déductibles que dans la limite fixée par la loi pour chaque niveau d'émission. La fraction excédentaire est réintégrée. Chaque dépense doit être justifiée par une facture.
Simulation : trois profils d'infirmiers libéraux comparés
Les chiffres ci-dessous sont indicatifs. Ils reposent sur le barème applicable aux revenus 2025 ; vérifiez le barème de l'année de votre déclaration. Les prix de l'énergie sont nos hypothèses : 1,75 €/L de carburant et 0,28 €/kWh de recharge. Remplacez-les par vos propres tickets. L'économie est estimée avec un taux marginal global de 40 %, impôt et cotisations confondus, à titre purement illustratif.
Profil
Barème
Frais réels
Avantage du barème
Économie estimée (40 %)
A. 35 000 km, citadine 5 CV payée 12 000 €
14 945 €
7 970 €
+6 975 €
≈ 2 790 €
B. 25 000 km, SUV 7 CV à 32 000 €, crédit
13 058 €
9 942 €
+3 116 €
≈ 1 246 €
C. 40 000 km, LLD électrique (4 CV, 6 600 €/an)
19 536 €
8 693 €
+10 843 €
≈ 4 337 €
D. 8 000 km, même SUV que B
5 843 €
7 164 €
−1 321 €
frais réels : ≈ 528 €
Comment lire ces lignes :
A : 35 000 × 0,427 €. Frais réels : amortissement sur 5 ans, assurance, entretien, 5,5 L/100 km, prorata de 92 %.
B : 25 000 × 0,470 €, plus 1 308 € d'intérêts (5 % sur 5 ans, prorata de 89 %). En frais réels, l'amortissement est plafonné selon le taux de CO2 du véhicule.
C : 40 000 × 0,407 € × 1,2. Ce calcul ne vaut que si les loyers ne sont pas déduits : avec une LLD dont les loyers sont déduits, le barème BNC n'est pas permis.
D : 4 667 € de barème plus 1 176 € d'intérêts. Avec si peu de kilomètres, les frais fixes de la voiture pèsent trop lourd.
Le profil C surprend : le barème y dépasse le coût réel. Ce scénario ne vaut que pour un véhicule possédé ou dont les loyers ne sont pas déduits. Dans tous les cas, les kilomètres doivent être justifiés. Pour mesurer ce que cette économie change à votre revenu net, voyez le revenu réel d'une infirmière libérale.
À partir de combien de kilomètres le barème devient-il plus avantageux ?
Il n'existe pas de seuil universel : tout dépend du prix du véhicule, de sa consommation et du carburant. Avec nos hypothèses, la bascule se situe autour de 12 000 km pour la citadine amortie et de 15 000 km pour le SUV à crédit. Passé 20 000 km, le barème l'emporte nettement dans les trois profils.
Pour un test rapide, divisez le total de vos frais réels par vos kilomètres professionnels. Si ce coût au kilomètre dépasse le taux du barème de votre tranche, les frais réels gagnent. Sinon, gardez le barème.
Crédit, LOA, LLD : pouvez-vous utiliser le barème ?
Oui pour un véhicule possédé. En LOA ou en LLD, le choix dépend de la déduction des loyers : si vous déduisez les loyers, le barème BNC n'est pas permis et seul le barème carburant BIC peut être retenu pour le carburant ; le barème BNC ne vaut que si les loyers ne sont pas déduits. Pour un achat à crédit, les intérêts restent déductibles en sus, au prorata professionnel.
Un point demande de la prudence. Le BOFiP indique que l'option peut être reconsidérée chaque année et vaut pour tous les véhicules professionnels, qu'ils vous appartiennent ou non. Pour un véhicule loué, certains praticiens recommandent de la maintenir sur la durée du contrat. Faites trancher la question avant de signer une LLD. Et si vous exercez en société, le cas d'un véhicule acheté en société d'exercice obéit à d'autres logiques.
Quand choisir l'option, et peut-on en changer chaque année ?
L'option doit être exercée au 1er janvier de l'année et porte sur l'année civile entière ; elle se matérialise ensuite sur la 2035. Elle couvre tous vos véhicules professionnels : pas de barème pour la voiture et de frais réels pour le scooter la même année.
Pour un véhicule que vous possédez, vous pouvez changer d'une année sur l'autre. Attention toutefois : passer au barème revient à ne plus amortir le véhicule, et la plus-value à la revente dépend de son inscription au registre des immobilisations. Anticipez ce point avant de basculer. Puis refaites le calcul à chaque clôture, avec vos kilomètres réels.
Check-list pour faire votre propre comparaison
Rassemblez ces éléments avant de calculer :
les kilomètres professionnels de l'année (carnet de bord ou logiciel de tournées) ;
la puissance fiscale et l'énergie du véhicule ;
le prix d'achat, ou les loyers annuels pour une LOA ou une LLD ;
le carburant, l'assurance, l'entretien et les pneus ;
les intérêts d'emprunt, le prorata d'usage professionnel, puis les péages et le stationnement.
Appliquez ensuite le barème, puis vos frais réels, et comparez. Si vous songez à changer de voiture, simulez sur deux ou trois ans plutôt que sur une seule année : l'amortissement plafonné et un éventuel engagement de location faussent un calcul à court terme.
Questions fréquentes
Vaut-il mieux déduire ses frais réels ou appliquer le barème kilométrique quand on est infirmier libéral ?
Avec une tournée de plus de 20 000 km par an, le barème est le plus souvent plus avantageux. Les frais réels l'emportent si vous roulez peu avec un véhicule cher et récent. Seul un calcul sur vos données le confirme.
À partir de combien de kilomètres par an le barème kilométrique devient-il plus avantageux pour une IDEL ?
Il n'y a pas de seuil fixe. Dans nos simulations, la bascule se situe entre 12 000 et 15 000 km selon le véhicule. Au-delà de 20 000 km, le barème gagne nettement.
Peut-on utiliser le barème kilométrique avec une voiture en crédit, en LOA ou en LLD ?
Pour un véhicule possédé, oui. En LOA ou LLD, le barème BNC n'est pas permis si vous déduisez les loyers ; seul le barème carburant BIC l'est pour le carburant. En crédit, les intérêts s'ajoutent au barème, au prorata professionnel.
Que couvre exactement le barème kilométrique : carburant, entretien, assurance, péages ?
Il couvre la dépréciation, le carburant, l'entretien, les pneus et l'assurance. Les péages et le stationnement se déduisent à part, tout comme les intérêts d'emprunt au prorata professionnel.
Quand faut-il choisir l'option et peut-on en changer d'une année sur l'autre ?
L'option doit être prise au 1er janvier, pour l'année entière et pour tous vos véhicules ; la 2035 n'en est que la traduction. Elle peut être reconsidérée chaque année. Pour un véhicule loué, vérifiez avant la signature si elle doit rester stable pendant le contrat.
Les indemnités kilométriques facturées à la CPAM sont-elles imposables ?
Oui. Les IK et l'IFD sont des recettes à déclarer avec vos honoraires. Elles ne remplacent pas la déduction de vos frais de véhicule, qui reste une charge distincte.
Faire simuler votre cas avant la clôture
Aucune règle générale ne remplace votre dossier : le bon choix dépend de votre véhicule, de votre contrat et de vos kilomètres réels. Avant la clôture, ou avant de signer une LLD, demandez une simulation chiffrée sur deux ou trois ans. C'est ce que réalise un expert-comptable pour les infirmiers libéraux, qui l'intègre ensuite à votre 2035.
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